Belle Orchidée, Pissenlit Passable













Belle Orchidée, Pissenlit Passable 2022
Galerie Mitterrand, Paris, France
Photographs: Aurélien Mole


Dans la langue vietnamienne, le prénom de l’artiste signifie belle orchidée. Pas mal. C’est toujours mieux que pissenlit passable.

Dans cette même langue, il n'existe pas à proprement parler d'articles définis (comme le, la ou les) ou d'articles indéfinis (comme un, une, des). Les membres d’une même famille se nomment selon la relation qui les unit à l’autre. Un fils par rapport à sa mère, une nièce par rapport à sa tante. Dans la trame du roman familial, les marqueurs identitaires rappellent inlassablement qu’on n’est jamais que l’enfant de ses parents.

D’une culture à l’autre, la langue est porteuse de définitions. D’une génération à l’autre, elle raconte les légendes, rappelle les querelles, récite les poèmes, et empêche parfois de dire sa propre histoire dans l’histoire collective.

Pour définir son travail autant que pour se raconter, My-Lan Hoang-Thuy parle une langue précise, choisit des mots exacts. Ses séries sont des humeurs et ses œuvres des objets. L’acrylique est ici le contenant-contenu de l’œuvre, la peinture le sujet et l’objet de l’objet. Les peintures montrées ici, objets de peinture et objets peints, résultent de coulures d’acrylique solidifiées sur lesquelles l’artiste imprime des images, des motifs, des souvenirs d’une histoire personnelle parfois chahutée.

Dans une autre histoire, celle de l’art, c’est le 19e siècle tardif qui passionne l’artiste. Ce siècle qui prétendit rendre compte du réel, puis s’en débarrasser, et vit finalement Gauguin promettre la vérité en peinture. Tandis que le pigment sédimente et que la peinture sèche, les objets de My-Lan Hoang-Thuy disent chacun une vérité, celle du moment, fluide et subjective.

Née en 1990 et diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2018, My-Lan Hoang-Thuy vit et travaille à Paris. L’exposition Belle orchidée, pissenlit passable marque le début d’une collaboration entre l’artiste et la Galerie Mitterrand.

Clément Delépine