Salon de Montrouge







Nus, 2018
Self-portraits printed on shell
Photographs : Hugo Stempczynski




Salon de Montrouge, 2018
Installation view
Photographs : Hugo Stempczynski




Wayne, 2018
Hand cut wood, lacquered painting




Nuoc Mam Marguerite, 2018
Hand cut wood, lacquered painting

Bicéphale. C’est en effet peut-être un travail de mémoire à deux têtes que l’artiste plasticienne My-Lan Hoang-Thuy met en scène inconsciemment. S’entremêlent dans ses créations deux cultures visuelles présentes par touches, l’une occidentale, l’autre vietnamienne. La culture occidentale est pour sa part directement liée à ses études, franco-suisse, des études de design graphique où l’histoire de ses codes et son effet sur le conditionnement des esprits l’imprègnent durablement. Il en découle formellement des créations qui interrogent le pouvoir et l’impact du langage visuel sur la société. C’est le cas notamment de sa série de sculptures en bois créées en outre à partir de signatures des grands noms de la Sillicon Valley (Sergey Brin, co-fondateur de Google ou encore Mark Zuckerberg co-fondateur de Facebook). En dessinant dans l’espace de façon sculpturale ses signatures de personnalités à l’origine des outils que l’on utilise tous les jours dans le monde entier, l’artiste s’attèle à démontrer une standardisation, voire normalisation mais aussi à la décrypter. Son analyse est fine : définir l’outil c’est influer sur la forme. Aussi, remonte-t-elle à la source d’une typologie d’outils symboliques (Mac, Photoshop, appareil photo, ou encore outil de recherche tel que Google) pour tenter de renverser un certain ordre visuel prévisible et dicté. Utiliser ces signatures spécifiques, revient à tenter d’échapper au sort du prédictible et de la traçabilité. L’autre pan de son travail, source plus enfouie mais notable dans ses créations est cette culture asiatique, parfois kitsch selon ses mots, qui émerge sous la forme de matériaux tels que la nacre, le bois, ou certains motifs floraux, à l’instar de ses fleurs délicatement tatouées ou de ses sculptures qui reprennent parfois la structure de temples extrêmes-orientaux. Ses autoportraits sur nacre, petits éclats de sa propre image renoue avec deux histoires ; la sienne bien sûr mais celle de la photographie ici détournée de son support traditionnel. C’est également le cas pour les photographies qu’elle a prises d’environnements personnels, imprimées sur PVC qui permettent là encore à l’image de sortir du cadre. Emanciper les techniques, les renverser, ainsi se structure la démarche d’une artiste qui connaît trop bien la technique, les outils et les machines pour ne pas, un peu et gentiment, les malmener. Conjurer le prévisible, perturber l’attendu.

Léa Chauvel-Lévy